article résumant la jonction RIMBAUD / MARLEY

(short english version)

 


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E X O D U S

Arthur Rimbaud (1854 - 1891) : Rasta (juste) avant l'heure ?

   On a souvent dit que Rimbaud fut un "trafiquant d'armes", mais si on savait à quel point il avait mieux à faire, en Ethiopie … Par ailleurs, on parle beaucoup des éventuels " héritiers de Bob Marley ", cherchant parmi ses successeurs, mais on évoque rarement ses prédécesseurs.


   Cet " Exodus " pratiqué effectivement par Arthur, surprend encore les admirateurs de sa poésie qui s'interrogent toujours sur le pourquoi de son départ volontaire du monde littéraire.


On n'est pas loin parfois de qualifier le voyageur de renégat, alors qu'en fait on peut voir une continuité logique dans sa démarche :
Son amour des écrits fondateurs l'a conduit jusqu'au terrain de manœuvre initial des " textes sacrés " utilisés dans les religions monothéistes.

{ Et effectivement retrouvés dans ce secteur, comme les écrits proches de Zoroastre (alias Zarathustra) dont l'Evangile de Judas (initialement sorti du désert égyptien en 1978, miraculeusement préservé, avant de se retrouvé rapidement détérioré, notamment par son enfermement dans un coffre-fort new-yorkais, pendant une trentaine d'années entre les mains de spéculateurs), ou les fameux "Manuscrits de la Mer Morte" découverts en 1947, encore une fois par un bédouin, avant d'arriver dans les laboratoires adéquats et d'être traduits }.

Le baroudeur français parlait et lisait une dizaine de langues. Et il ne fut ni le premier, ni le dernier, à s'émouvoir de la poésie des Psaumes (ceux de David notamment : source de fameux hits récents - par exemple "By The Rivers of Babylone), ou de sourates du Coran ...
Lectures qui lui donnèrent sûrement une mesure de l'efficacité (relative) de son talent ; et l'incitèrent à pratiquer une humilité, plutôt rare dans les salons parisiens …


      Même dans les dictionnaires, on dit très souvent que le poète fut
"trafiquant d'armes" 
[1] (ce qui peut constituer tout de même, l'une des pires injures existantes) ; tandis qu'en fait il s'engagea à aider à la réunification de la future Ethiopie en proie à des luttes intestines (Abyssinie, Yemen etc.) ; contre les envahisseurs (à différencier des colons, dont il était ; qui furent, et qui sont, des Utopistes militants pour la plupart : des pionniers de Nouveaux Mondes, vivant "chez l'habitant", comme il le fit ...)

Les italiens, juste avant Mussolini le fasciste (si on pèse ses mots : le 1er "facho" fut italien, sorti juste avant le nazisme d'Hitler et son National Socialisme = NaZi, de sinistre mémoire), les proto-fascistes donc, avaient déjà des vues sur la région.
Alors, avec l'accord officiel du Consul de France
[1], il entreprit, avec des collègues - négociants opportunistes, une vente, une seule (mais de 2000 fusils, tout de même), auprès de Ménélik II. 

Cela l'accapara de 1885 à 1887 (avant de finalement y arriver, seul des associés du départ, à la tête d'une caravane de chameaux, sans les chameliers).
" Exotic' Tribulations ! " (A tel point que la cargaison fut parfois enterrée [au sens propre, comme au figuré] à Harrar notamment, si ma mémoire est bonne, pendant des mois ...)

Professionnellement, ce fut sans aucun doute la pire des galères pour le Fulgur' ...
(Un engagement volontaire, dont le peu de pugnacité à en récolter les fruits ensuite, contraste, étrangement, avec l'obstination notable de l'accomplissement sur le terrain.)

[1]

question : ¿“ trafiquant d'armes ” ou “ trafiquant en armes ” ?
( nuance ! )

rep. : ¡ négociant consulaire ... !
et "trafiquant d'âmes ... "

Anecdotes :

   Et ce sont d'ailleurs très probablement ces armes que l'on peut voir dans les mains des soldats, peints au centre de la pochette de "Confrontation", célèbre album de Bob Marley :

cf. Peinture de la " Bataille d'Adowa " .  (Ou Adoua)
( Fait historique datant de 1896 : 9 ans plus tard, ces vieilles pétoires devaient encore pouvoir faire des dégâts, dans cette région fréquentée par Rimbaud, et en tout cas, réussir à symboliser une résistance bien déterminée. La valeur "diplomatique" de ce geste spectaculaire, appuyé par le Consulat, pouvait combler la déficience "médiatique" de l'époque en misant sur le "bouche à oreille" ...)

Rappelons que le souverain se sentant toujours floué par les français, refusa d'abord de payer et prétendit garder les fusils ET les chameaux de la caravane ! Il prit ensuite un engagement de payer un petit peu à crédit, mais cela servit surtout à causer des tracas administratifs à Rimbaud jusqu'à la fin de ses jours ; surtout à cause de l'avocat passablement véreux, d'un ancien associé (Labatut, mort pendant l'expédition, et dont la veuve servit de prétexte au juriste magouilleur)…
Rimbaud Arthur accepta donc de porter le chapeau, tandis qu'aujourd'hui la plupart du temps, le trafic d'armes se fait en catimini (avec l'anonymat des actionnaires, et la participation des armées entre autres "services publics" ... )
L'aspect spectaculaire de cette longue caravane avait un rôle stratégique (les médias alors n'existant quasiment pas) en guise de communication.


   Par la suite, le jeune Haïlé Sélassié a ainsi pu profiter d'un contexte politique favorable pour se proclamer RasTafari (descendant de Salomon) aux yeux d'un peuple pacifié.
(Pour se faire ensuite huer sans raisons, à son 1er meeting des Nations Unies, mais passons ... Le Général De Gaule et la Reine d'Angleterre contribueront à lui rendre de sa respectabilité ...)

Et, plus encore que l'aide logistique apportée par Rimbaud (qui fut davantage symbolique - du soutien de la France à Menelik - que militairement efficace), Haïle Selassie a bénéficié de la science que son précepteur avait synthétisée.
Or ce dernier était un ami de Rimbaud. Ils se rencontrèrent malgré les difficultés du terrain ; (mais Arthur était bon cavalier).
Le rôle du précepteur, payé pour ça, fut d'éduquer le jeune prince, à domicile. Et c'est par cette culture (le plus souvent de tradition orale dans ces contrées) très ouverte au monde (cf. Rimbaud avec ses connaissances modernes et variées, ainsi qu'avec ses convictions multiples), mais soucieuse d'une continuité temporelle (" roots "), que le Négus a appris aussi l'importance de sa lignée, et comment avoir l'étoffe pour la faire prévaloir all over the world.


En fait il s'en est fallu de peu (un an minimum) pour que Rimbaud, mort prématurément, (une fois usé par la chaleur, les efforts, l'incompréhension et la maladie), ne joue avec l'enfant, tant vénéré par la suite - posthume, et ne lui donne quelques bons conseils pour gérer sa célébrité à venir (et ainsi pouvoir l'avertir de se méfier des aléas mortifères de la politique, qui causèrent l'assassinat de sa royale incarnation, - avec un oreiller, de la main des rebelles sponsorisés par les bolchéviques d'alors)

Une notoriété, celle-là non posthume, qu'a connu Bob Marley à sa façon, le plus connu de ses zélateurs improbables.
(Rappelons que, comme disait Coluche : "au Bourget, Bob Marley a fait plus de monde que le Pape. Pourtant c'était payant..." ;-)

 

 

 

 

Décidément, il y a des coïncidences troublantes entre Rimbaud et Marley !


Connivence, en plus de leur affection pour Haïlé Sélassié (cf. plus haut), et de leur attirance affichée pour le panafricanisme, comme de leur aversion militante contre le totalitarisme :

   Egalement fils d'un père militaire absent du foyer (et pour cause) ; leurs vies furent aussi brèves : 37 ans précisément pour chacun , (l'un expire en 1891 l'autre en 1981 : ce sont exactement les mêmes chiffres inversés. Presque de la même façon que leurs dates de naissance : 1945 - 1854).

Et après avoir magnifiquement illustré le pouvoir du Verbe par leur travail, ils périrent tous deux d'un mauvais traitement, suite à une infection venue à chaque fois de la jambe (depuis le genou pour Arthur - suite à une chute de cheval ; du pied, pour Bob, après un match de foot-ball). Une maladie (devenue cancéreuse très probablement) soignée trop tard, du fait de leur activité très intense, tournée vers l'extérieur, et de leur caractère pareillement volontaire.

Ce même sentiment que les occupations spirituelles l'emportent d'office sur les (pré)occupations physiques, quand on vit ainsi "sur la brèche" ...

Chacun des deux préconisa un retour au berceau de l'humanité : (l'Ethiopie/ le Yemen). Un plan B, ressourçant l'individu, épanoui hors racines pourtant ... À nouveau l'Exodus fut promptement mis en pratique par Arthur, résolument mouvant, l'homme "aux semelles de vent" est décidément mobile, pour un oui pour un non ; et cette quête ("du Graal" ?) fut célébrer par Bob plus que jamais (sans connotation raciale, quand bien même salomonide : "Zion" est à l'image du temple que constitue notre corps vivant ... ) Nomades, électrons libres, davantage que vagabonds.

Ceux qui croient en la réincarnation pourront méditer la question, avant de vouloir en tirer des conclusions (- impossibles de toutes façons, sauf en allant voir sur place, aux archives célestes …) ;-)


Et puis, sémantiquement, qui ne s'est étonné, la première fois qu'il entendit ou lut l'expression " I and I "*, de cette deuxième personne, là ainsi appelée de manière éponyme ? Quel est ce deuxième " Je " qui est l'Autre dans le parlé rasta ? (Jusque chez Dylan et bien d'autres ensuite) …
" Je est un autre ", c'est bien ce que disait Rimbaud, dès le départ, dans sa lettre dite " du
voyant ".

D'ailleurs sans doute que la mère de Bob Marley fait littéralement référence à Rimbaud quand elle raconte (en créole jamaïcain) que son fils, qu'elle connaissait mieux que quiconque, " sometimes was a kinda voyant " (sic : parfois il semblait être "voyant" - en français dans le texte) ...

 

 

* " I and I " : Les extrêmes émotifs se rejoignent : individualisme à outrance, riposte de l'ex-esclave ; et/ou tentative de libération du poète hors de son ego étiquettable.

Ainsi, selon les cultures de par le monde " je " est soit systématique (symptomatique ...) ; soit totalement inusité.

Explication : " je et je " (" I and I " en anglais _ prononcer "high" c-à-d "supérieur, élevé") se dit là pour " nous ", puisque nous sommes deux autres… (En effet, pour mieux signifier la fraternité, et l'égalité, l'usage de " you " (=tu / vous) ou " we " (=nous) a été résolument écarté par certains Rastas, comme dans d'autres cultures, cela même dans l'affirmation directe de sa propre identité (mais toute relative, chez Rimbaud, éternel excentrique, comme chez l'homme de couleur asservi…)

Par extension le 1 en chiffre grec de " Sélassié I " est devenu " I " (le "i" majuscule -sans point dessus- c'est-à-dire " moi " ; une approche envisagée de la condition humaine, idéale, à son plus haut point ; cela en accomplissant superbement la formule de Rimbaud, qui se projete comme par ricochets).
C'est une illustration du " droit à la différence " sans rivalité ; tout comme il s'agit d'un signe tacite afférant à la soif commune dans la conscience de l'éternité incarnée, voire 
de la quête d'une Unité fusionnelle. 

(extrait de Arthur-le-Fulgur' - © Crypt Ed.)

 

 

english translation

(V.A.)

   Et ce chant jamaïcain, magnifié par Bob Marley dans les années 80, non content de permettre à tout un peuple, soumis longtemps à l'esclavage de définitivement relever la tête, pénétré de son identité, enfin rafistolée, ce rastaman-chant se paye le toupet de faire le tour de la planète, en moins d'une décennie, testant la "sono-mondiale" à bon escient pour la première fois dans l'histoire de l'humanité.
(Car Karl Marx, pourtant aidé d'une cohorte de convertis très insistants, n'a pas vraiment réussi à convaincre les Esquimos ... Ni Sigmud Freud, qui ne parvint à faire circuler ses convictions qu'au prix de moult détériorations ... Ni Elvis Presley (porte-flambeau mi-dupe des noirs bluesy, tout comme un Sinatra, mais avec moins de cynisme), ni Montant ni Aznavour (célèbres itinérants), ni Michael Jackson plus tard, à son zénith ... ne touchèrent non plus le cœur des peuplades amazoniennes, ou de certains faubourgs de Roubaix ... Et Pasteur a mis beaucoup plus de temps pour faire passer ses idées ... Jésus aussi (- mais plus durablement) (?), qui voyageait à pieds (ou en barque). Et Mahomet, n'en parlons pas, schismes obligent ...)

 



sis dessous : le sceau personnel de Manelik II utilisé dans sa correspondance avec Rimbaud, (apposé dans la cire, pour cacheter son précieux courrier etc.) représentant le fameux Lion, emblématique du mouvement Rastafari ...

sommaire

Et celui du Fulgur' :

sceau de Rimbaud en arabe 



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